Greek Krisis : caravane solidaire

source

par Panagiotis Grigoriou

Attentes et appréhensions. Sur les montagnes grecques la première neige est attendue pour la fin de la semaine d’après la météorologie, et alors à travers le pays, on ramasse, on achète et on stocke le bois comme chaque année depuis la dite “crise”. À Athènes, devant les kiosques, les Grecs scrutent, ou plutôt commentent ainsi très aigrement ce que la presse croit vouloir rapporter. “Tous menteurs”, bonne blague !

Contre l’austérité. Collectifs français solidaires. Ellinikón, le 22 octobre

La dite “crise” étant en réalité une forme de guerre (économique, culturelle et symbolique sapant la société et détruisant la souveraineté populaire et nationale ainsi que… la rare démocratie subsistante), voilà pour les mutations, désormais… largement saisies par les Grecs.

Les… grands medias francophones (et autres) du Vieux continent ignorent systématiquement les nouvelles grecques, signe des temps ? “Voilà le résumé de la situation: ‘Le problème grec a été réglé en 2015’, nous disent-ils depuis les rédactions des quotidiens et des autres medias. ‘La Grèce n’intéresse plus les Français’, du coup, nos papiers, nos sujets ne trouvent plus preneur.” Témoignage d’un journaliste correspondant (en freelance) de plusieurs médias francophones, installé à Athènes, rencontré récemment.

Cet “oubli” n’est cependant pas si absolu qu’il n’en a l’air. La semaine dernière, la Caravane de la solidarité, organisée par de collectifs français est arrivée en Grèce, apportant du matériel médical et de médicaments à destination des dispensaires sanitaires et sociaux autogérés grecs.

Pascal Franchet. Collectifs français solidaires. Ellinikón, le 22 octobre

Véhicule. Collectifs français solidaires. Ellinikón, le 22 octobre

Rencontres. Collectifs français solidaires. Ellinikón, le 22 octobre

Lors de l’interview que Pascal Franchet, membre de la Caravane solidaire, a accordé à l’ERT (télévision grecque – 24 octobre 2016), l’essentiel a été ainsi formulé:

Depuis bientôt cinq ans, des collectifs et associations de soutien au peuple grec ont vu le jour en France pour expliquer au peuple français les causes de la crise qui sévit en Grèce et pour apporter une solidarité concrète par l’acheminement de médicaments”.

Ces collectifs et associations existent dans une trentaine de départements et dans la plupart des régions françaises. Ils sont unitaires et composés d’organisations politiques de gauche, de syndicats, d’associations altermondialistes et de simples citoyens. Leur objet n’est ni humanitaire, ni caritatif, mais militant et solidaire. C’est une action de solidarité entre les peuples. Au fil des années, des liens directs se sont tissés entre ces collectifs français et les acteurs des centres sociaux autogérés grecs. Des envois réguliers de médicaments, de matériels médicaux et d’argent ont lieu. Des liens personnels d’amitié se sont créés”.

Des collectes sont organisées auprès de la population en France. Les donateurs sont de simples citoyens, des professionnels de la santé (pharmaciens, médecins généralistes et spécialistes, infirmiers libéraux) et des structures de santé (hôpitaux, maisons de retraite et autres structures de soins). Les divers produits collectés sont sélectionnés et triés par des professionnels de la médecine”. (…)

Yórgos Vichas cardiologue, initiateur du Centre Médical Solidaire. Ellinikón, le 22 octobre

Au Centre Médical Solidaire. Ellinikón, le 22 octobre

Fermeture. Athènes, octobre 2016

Ces mesures d’austérité faites en son nom ne sont pas plus justifiées en Grèce qu’en France. Cette injustice est fondamentalement la même pour tous les peuples européens. Un autre point commun aux populations grecque et française est la perte de la souveraineté politique nationale au profit de l’Union Européenne qui se comporte comme un super État antidémocratique et incontrôlé, réducteur des acquis sociaux des peuples européens au lieu d’œuvrer à une harmonisation économique et sociale entre les économies des États de l’Union” (…)

La caravane militante et solidaire repart vide du matériel médical apporté mais chargée de richesses humaines échangées, de solidarités extraordinaires et d’amitiés enthousiasmantes. (…) Nous savons aussi que la sortie des ténèbres ne sera pas chose aisée, mais qu’elle est dorénavant nécessaire et possible et que nos luttes communes le permettront”, (le texte de cette interview m’a été communiqué par les membres de la Caravane solidaire et je les remercie).

En dehors d’Ellinikón, la vie, la même et unique vie supposons, se poursuit-elle, avec son cortège de fermetures ; de boutiques, de cafés… de tant de vies. Et les quelques nouvelles ouvertures (souvent dérisoires) ne compenseront plus jamais… nos coquilles économiques fermées et pour tout dire vides. Cependant, pour certaines activités, ce qui se généralise, tient bien de la figure… du “professionnel fantôme”, lequel se déplace à domicile, sa mallette ou sa trousse à outils sous le bras.

Café fermé en octobre 2016 à Athènes

Restaurant… “Asian Street Food” ouvert en octobre 2016 à Athènes

Fermeture. Athènes, octobre 2016

La presse grecque évoque souvent à travers ses reportages les cas de cette… nouvelle activité économique, forcément en dehors des clous officiels. “Gianna X. avait gardé son salon de coiffure pendant quinze ans à Gerakas (quartiers aisés), sa clientèle étant bien régulière et fidèle. Depuis la crise, elle a vu ses clients se raréfier et ses bénéfices diminuer. Au même moment, ses frais de toute sorte sont partis à la hausse de manière exponentielle, imposition augmentée, coûts de fonctionnement en augmentation, accumulent ainsi les dettes déjà auprès des banques”.

Ainsi, elle a accumulé finalement de dettes auprès du fisc, auprès des organismes gestionnaires de la Sécurité Sociales, et comme elle sentait que sa situation économique ne s’améliorait pas, elle a décidé de mettre le cadenas sur la porte de son entreprise et de déposer alors son bilan”.

Sauf que Gianna n’est pas disparue du… marché pour autant. Elle a continué sa pratique en conservant une partie de sa clientèle. Sa ‘trousse’ à la main, sans caisse enregistreuse ni facturier, elle a initié ses… visites au domicile des clients pour ainsi fournir ses services comme avant. L’argent ainsi gagné… mis directement dans la poche se gagne désormais ‘au noir, il est ‘libre d’impôt’. D’ailleurs Gianna, a minimisé ses coûts au maximum puisqu’elle ne verse plus de loyer pour son salon de coiffure, elle n’emploie plus de personnel, elle n’a pas de frais d’exploitation à subir, et elle ne cotise évidemment pas pour sa retraite, ni pour l’Assurance-Maladie. Elle ne verse plus un seul euro d’impôt, et bien entendu ni la TVA à 24%. Enfin, apparaissant comme étant au chômage elle perçoit quelques (bien maigres) indemnités… depuis le budget de l’État”.

Ouverture prochaine. Athènes, octobre 2016

Immeuble… récent (2012) inoccupé et inachevé. Athènes, octobre 2016

Seules certaines bagarres… Athènes, octobre 201-

Le cas de Gianna est un, parmi des milliers de ceux qui composent désormais le nouveau paysage créé sur le marché depuis quelques années, surtout dans certaines branches. Il y aura donc moins de commerces et de bureaux ouverts et d’autant plus… de professionnels nouveaux nomades. Le travail non déclaré et les ‘professionnels trousse à la main’, c’est une tendance connaissant une hausse alarmante, d’après l’Institut de GSEBEE (Union Patronale du Petit et Moyen Commerce-Manufacture)”, hebdomadaire politique ‘To Pontíki’ du 24 octobre 2016.

À vrai dire, les (supposés) travailleurs et autres professionnels dits Indépendants en Grèce, doivent verser en taxes, impôts et autres cotisations… 60% à 75% de leur chiffre d’affaires, avec l’obligation faite cette année, que de versé aussi sous forme… d’avance ; l’impôt relevant de l’exercice de 2017 (loi fiscale 2016 – Mémorandum III-Tsipras), et le calcul sera basé sur le chiffre d’affaires des années précédentes, quitte à corriger le tir par la suite ! On peut alors comprendre Gianna…

Les Grecs… s’adonnent aussi suffisamment… à la pêche car ils ont tout leurs temps, au moment où les baigneurs de l’été n’y sont presque plus et où les suicides, meurtres, agressions, bagarres… très économiques entre les habitants de l’Hellade sont quotidiens, et seules certaines combats, forcement entre nos animaux adespotes, échappent paraît-il à la dernière (?) mode des humains.

La pêche. Athènes-Sud, octobre 2016

Taverne provisoirement fermée. Athènes, octobre 2016

Vendeur de poisson et… âgé. Athènes, 2016

La toute à dernière mode de certains humains (?), c’est autant parfois le remaniement des pseudo-gouvernements, à l’instar de SYRIZA/ANEL, cette… nouvelle politique est en cours de concrétisation cette semaine d’après les medias. Les ministrions d’Alexis Tsipras s’agitent alors comme dans un bocal et bouteille, lancée pour toujours dans l’océan du néant, Skourlétis (Énergie) par exemple, déclare qu’en fin de compte, ce sont les créanciers et la Troïka qui interviennent en… indiquant même la liste des futurs ministres. Pauvres marionnettes !

Surtout, lorsque les sondages d’opinion (mais nous n’avions pas besoin d’eux pour le constater tous les jours en Grèce) indiquent que les électeurs perdus de SYRIZA (dix points derrière… les autres pantins de la Nouvelle Démocratie) sont en effet perdus à jamais et que le plus… grand parti en Grèce serait pratiquement celui des abstentionnistes.

Les SYRIZISTES ainsi néolibéraux du dernier cynisme à la mode, n’ont semble-t-il pas la moindre conscience du danger potentiel (je dirais… physique et non pas seulement politique) qu’ils courent, à travers l’éventualité… de l’explosion brutale du couvercle social grec dans un futur certes indéterminé, tant la réalité est explosive, alimentant l’imbroglio et hélas la haine. Je n’ai d’ailleurs jamais (historiquement) observé une telle haine de la population envers… “son” gouvernement, depuis très longtemps en Grèce, situation qui échapperait (volontairement ?) par exemple aux analystes qui observent la… nécropole grecque depuis leurs pays.

Le baigneurs n’y sont plus. Athènes-Sud, octobre 2016

Attentes et alors surtout sombres appréhensions. Sur les montagnes grecques la première neige est attendue pour la fin de la semaine, et d’après les récentes données (septembre 2016) des Statistiques Grecques, près de 40% de la population du pays se trouve privé de biens et de services matériels essentiels, comme la nourriture et le chauffage, ce même manque concerne alors 44,5% de la population âgée de 0 à 17 ans.

En effet, près d’un ménage sur six (17.7%) occupe un logement impropre, aux toitures qui suintent l’eau de la pluie, aux murs et aux sols humides etc. Dans l’ensemble, plus de 4.512.000 Grecs font désormais face au risque de la pauvreté, et leurs enfants bien davantage. Il est significatif que 230.774 enfants vivent au sein de ménages… sans travailleurs et pratiquement sans aucun revenu, (presse grecque du 24 octobre).

Les amis de la Caravane Solidaire venus de France ont raison. Ces mesures d’austérité faites en son nom ne sont pas plus justifiées en Grèce qu’en France et cette injustice est fondamentalement la même pour tous les peuples européens. Sauf disons-nous, sur un point qui ne relève pas du détail: La dite Union Européenne n’a jamais été… fabriquée dans le but d’œuvrer à une harmonisation économique et sociale entre les économies des États. Ou alors sinon… dans l’esclavage, s’agissant d’emblée d’un projet totalitaire (au même titre que les Traités actuels dits “Transatlantiques”), une UE, qui n’a jamais été simplement “anti-démocratique par inachèvement”, comme aiment la présenter encore certains, sans plus convaincre me semble-t-il.

Étendard de l’UE brûlé devant le Parlement. Athènes, 2014 (presse grecque)

De l’avenir meilleur… mais cela sans doute après l’hiver prochain et encore, si la géopolitique du monde actuel nous le permettra.

À Athènes, devant les kiosques, les Grecs scrutent toujours très aigrement ce que la presse croit vouloir rapporter… “avant la fin du Monde et après celui de la Grèce” !

Qui sait ? Dans le voisinage, un nouvel animal adespote surnommé “Tzioras”, très expressif, vient de faire son apparition. Signe des temps ?

Tzioras, Athènes, octobre 2016

* Photo de couverture: À Athènes, devant les kiosques. Octobre 2016
____
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s